Quelques semaines se sont écoulées depuis la sortie officielle de mon livre (excellent, on dirait que je parle d'un best-seller attendu par des millions de gens, genre la suite du Seigneur des Anneaux).


J'avais envie de vous en dire plus sur ma démarche et l'aboutissement de ce projet puisque vous avez été nombreux à m'écrire pour me raconter vos histoires de maternités. Et puis je fais bien ce que je veux, je suis sur mon blog.

On dirait que je suis teenager à parler de mon blog comme dans les années 2000 quand on avait des skyblogs. Ah non pas moi y'avait pas internet à la campagne. Mais bon les autres ils en avaient un donc c'est pareil.


Accrochez-vous à votre téléphone, vous allez lire mon histoire.

Prête pour un accouchement physio !


2017, je tombe enceinte de mon premier enfant très facilement. Quelle chance !

Je ne suis pas quelqu'un de stressée, du moins peut-être que mon corps stresse mais il gère très bien sans m'en parler donc je ne ressens rien. Je trouve une sage-femme qui me dit qu'elle peut me préparer à un accouchement sans péridurale. Moi, morte de rire, je lui dis qu'on a pas inventé un moyen pour ne pas souffrir pour décorer, faut pas déconner, évidemment que je vais accoucher sous péri. Vu le récit du premier accouchement de Maman, il en était hors de question. Elle me répond "On verra..." avec un sourire en coin.

Les mois passent, je suis en forme olympique, je fais tout. Cette grossesse de me fatigue pas, ne me stresse pas, ne rend pas ma vie plus difficile. J'ai juste un ventre qui grossit et des kilos qui se placent un peu partout mais en même temps, je suis enceinte. On ne panique pas. Et finalement, contre toute attente, je change d'avis.

Avec mes problèmes de dos (hernie discale qui m'a foutue par terre 6 mois avant notre mariage, et grâce à laquelle j'ai découvert l'accoutumance à la morphine), je me dis que finalement, me faire piquer pile poil là où ça m*rde c'est peut-être pas judicieux. Autant vous dire que l'anesthésiste s'est bien foutue de ma gueule pendant le RDV pré-accouchement... "Mais madame ça risque rien on connaît notre métier !" Ouais ouais ouais, le boulaaaard.


Et puis j'y vais, jusqu'au terme. Je me souviens, on était le lundi 25 juin et j'étais à l'Intermarché du coin avec un ballon énorme sous mon t-shirt. La caissière me dit "C'est pour bientôt !!" - Oui c'est pour hier !"

On se marre. Le RDV de la veille à la mat' n'avait rien d'alarmant, mon bébé était bien là où il était, j'avais une vraie piscine dans mon ventre. Mais ils s'étaient plantés sur la date du terme, c'était le 29, pas le 24 juin. Ils vous diront que si ils ont bien mesuré et toi tu dira oui merci, je connais mon corps t’inquiète je gère.

J'étais sereine sur les jours à venir. J'étais préparée à la douleur d'un accouchement physique. J'étais en grande forme, tout était parfait. J'avais confiance en mon corps qui avait si bien bossé les 9 derniers mois.

Et à 4h du matin...


Le 26 juin, j'ai senti des toutes petites douleurs de règles au creux de mon ventre. J'ai su immédiatement que c'était le jour. Je reste au lit jusqu'à 6h puis je me lève. C'était les plus longues journées de l'année, le soleil se levait, il faisait déjà bien 20 degrés. Il a fait chaud cet été 2018. Je me fait couler un café, je prends mon livre et je vais m'installer dehors, face au soleil levant dans un transat. La vie allait enfin me montrer son visage, j'en étais si émue ! Je n'avais toujours pas peur. J'étais préparée. Je connaissais la douleur, différente certes, mais j'avais déjà mis mon mental à l'épreuve.


La journée se déroule, mon mari part au travail et me dit de l'appeler si ça s'accélère. À midi je vais voir ma sage-femme qui me confirme que le travail a commencé. Elle m'encourage à marcher, à faire des choses pour que mon corps s'active et se prépare. je marche 6 kilomètres sous un soleil de plomb, avec mon téléphone à la main en cas de coup dur. Je fais les carreaux, évidemment. Les douleurs sont bien là depuis 4h du matin. Elles se sont installées et progressent. En juin 2018 il y avait un coupe du monde de foot, mon mari s'installe devant un match et me dit "Tu vas tenir jusqu'à la fin ou pas ?" Je ris et me dis que ça fera un bon objectif ! Finalement à 18h30 plus possible. Grosses contractions, ça commence à faire longtemps que ça travaille, on part. Une demi-heure de route pour atteindre la maternité, avec une playlist préparée qui me fout la gerbe dès qu'on la lance.


Je mets 3 plombes à sortir de la voiture, 3 plombes à atteindre la porte, c'est dur. Je suis préparée mais la vache c'est dur ! Tout mon corps est en tension, en douleur, je dois être concentrée à 200% pour ne pas lâcher.

On m'installe en salle d'observation et Chloé (je me souviendrai à jamais de son prénom) me dit que je suis à 4cm, que c'est super, que je gère super bien ! Elle connaît mon projet de naissance, elle va m'aider à tenir. Je respire. Il est 20h, ça va. Elle est un peu soucieuse parce que mon bébé n'aime pas le rythme de mes contractions ni leur intensité. Elles s'enchaînent par 2, une grosse puis une petite dans la foulée, avec seulement 2 ou 3 minutes de pause entre chaque doublette. Son cœur descend à chaque fois. Mais il remonte mon vaillant ! (Purée je pleure...)


22h, je vais prendre un bain, on m'enlève exceptionnellement le monito sur le ventre qui surveille le bébé, 7cm c'est fou ! Ça avance bien je suis heureuse. Je souffre le martyr mais je suis heureuse. Mon mari est entièrement à ma dispo et se tient prêt à chaque contraction qu'il regarde sur le monito. Mais il est soucieux. Il est soucieux parce qu'il voit aussi le monito du bébé.

La bascule


Chloé revient à minuit. 7cm. Les contractions se sont intensifiées mais le col n'a pas bougé, je suis en grande souffrance. À vrai dire je commence à ne plus me souvenir de ce qu'il se passe. J'ai vu 2h sur l'horloge, j'ai entendu des gens parler mais aucun souvenir du sujet. Toujours 7cm et le bébé ne descend pas dans mon bassin. Je commence à lâcher, il est 2h15 je crois et malgré un second bain, je ne peux pas sortir de la baignoire, la douleur est inimaginable. Chloé me regarde et me dit que ce n'est pas un échec de demander la péridurale. Je pense qu'elle sait déjà. Je lui dit d'appeler l'anesthésiste. Et il met 20 minutes. 20 P*TAIN de minutes à arriver.

Je sombre dans la phase de désespérance, je sens que je meurs, je me noie dans trop d'air, je ne peux plus respirer.

Je dis que je ne peux plus, que mon corps se déchire, je ne respire plus.


L'anesthésiste arrive, il fait le malin pour poser la péridurale, déchire son gant, Chloé lui dit qu'attention, j'ai deux contractions à la suite, il répond "oui oui, ça va aller", mais si mes souvenir sont bons, c'était un mec, donc niveau douleur d'accouchement il était loin d'être calé sur le sujet. La péridurale est posée.

Et Chloé me dit que le médecin va arriver pour vérifier quelque chose.

Le Dr Le Saos, une excellente gynéco, entre avec un sourire, m'examine, regarde le monito, jette un œil à Chloé et me dit dans le plus grand des calmes :

"On va aller chercher votre bébé madame Arnauld, il ne va pas pouvoir sortir sans notre aide".

Et moi, au bout de mes forces, à moitié consciente je crois que je lui ai souri pour lui dire que de toute façon je ne pouvais pas le faire moi-même. Que j'avais échoué. Il est 2h55 à peu près.


Et là je ne saurai vous dire, je ne me souviens pas. Ou alors ce sont des bribes. Je vois des tas de blouses blanches qui entrent dans la pièce, on me prépare en quelques secondes, mon mari est envoyé se préparer aussi parce qu'il sera à mes côté pendant la césarienne d'urgence. je suis sur un lit qui avance, je vois des néons qui défilent, mes yeux ne tiennent plus. Je sens le froid du bloc, j'entends des paroles, des murmures, ça s'active vite et bien. Je tremble, si fort mon Dieu, si fort. Mes bras sont attachés. 

Et te voilà...


3h14, mercredi 27 juin 2018.

On me montre une tête mouillée un peu bleue, enfin c'est ce que mon mari me raconte. Je ne me souviens pas. Puis le bébé part pour être aspiré, il a trop de liquide dans les poumons et a besoin d'aide.

Salle de réveil pendant 2h. Je suis maman. Pour de vrai. Nous sommes parents. Nous avons co-créé avec le bon Dieu un humain. Et quel tout petit... Quelle merveille. Mon cœur explose quand je réalise quelques heures après. La souffrance s'est envolée. Plus rien ne compte. Je ne compte plus. C'est lui qui compte. Mon bébé. Mon courageux bébé.


"Elle est super votre cicatrice !"

"Ah, j'en sais rien je ne vois rien j'ai encore mon ventre 😂"

"Vous voulez que je vous montre ?"

Elle prend un miroir et me montre. Je vois Frankeinstein. Je vois des agrafes dans mon ventre, mais quelle horreur ! Pourquoi vous avez fait ça ?


Et voilà, le début de la descente. J'ai rien capté de ce qu'il s'était passé.

Les mois passent et on t'accueille toi aussi


Pendant un an, je ne me pose pas de question. Je souffre pas mal de temps après la césarienne parce que mon corps a vécu un travail sans péridurale de 22h et une césarienne en urgence. Mais ça va. J'ai le bébé le plus facile du monde. Il mange, dort, sourit, je vais bien. Enfin je crois.

Et un an après nous décidons de nous lancer de nouveau dans l'aventure. Une fois de plus, quelle chance ! Ça marche vite et j'accueille au creux de moi un petit être. Les mois passent.

Ma grossesse se passe bien mais... Au boulot ça dégénère. Je suis malmenée, harcelée, mise de côté depuis mon retour de congé maternité alors que j'ai repris aux 3 mois de mon bébé. Janvier 2020, vraiment ça va pas. Ma sage-femme me dit qu'il faut que j'arrête de voir une certaine personne de mon entreprise (je tais les noms parce qu'ils m'ont fait signer des trucs comme quoi je ne devais pas dauber sur eux...) qui me faisait trop de mal. Elle m'arrête. La personne en question le prend mal, me dit que je "fais ma garce juste pour le faire chier".

Je suis hospitalisée juste après cet épisode pour menace d'accouchement prématuré. Je suis en forme mais je n'ai pas le droit de sortir de ma chambre.

Bref, grosse marade.

Je suis donc arrêtée mi-janvier pour un terme à mi-avril.

2020 ça vous dit un truc ?

Ouais, pile-poil ma vieille. Tu vas tomber en plein pendant le confinement.

Alors nous, le confinement c'était le paradis. On venait d'emménager dans notre maison, il faisait un temps radieux et mon mari était donc en chômage technique donc à la maison. On était tous les 3 les plus heureux du monde. Un peu tendax de mon côté parce que j'entendais que les papas ne pouvaient plus rester avec leurs femmes pendant les accouchements, donc j'appelais tous les deux jours la maternité pour vérifier qu'ils n'appliquaient pas cette règle complètement débile. Maternité intelligente, pas de règle débile chez nous, votre mari aura bien le droit de venir.


Je vous la fait courte pour la suite, mais en gros, le travail s'est lancé le 30 mars 2020, avec la perte des eaux teintées (souffrance fœtale), donc on m'a dit en arrivant à la maternité "Tous les voyants ne sont pas au vert pour une naissance voie basse..!" Les souvenirs des douleurs post-opératoires reviennent en flèche et je réalise que ça va recommencer.

Et hop, césarienne en urgence, détresse fœtale et tout le tintouin.


Je me remets un peu mieux de l'opération mais franchement, les congés maternités des mamans qui ont accouché par césarienne devraient durer plus longtemps. C'est une grosse opération de laquelle il est difficile de se remettre parce qu'on doit gérer un tout-petit qui ne dépend que de nous les premiers mois. Même avec un mari ultra-présent, un bébé a besoin de sa maman plus que tout. C'est une charge mentale immense que de se sentir indispensable à la survie de quelqu'un. J'étais l'oxygène de mon fils. Et celui-ci avait décidé de pleurer. Beaucoup pleurer.

Des larmes par hectolitres


Notre second fils a beaucoup beaucoup pleuré. Nous ne comprenions pas parce que l'aîné n'avait pas pleuré sans raison évidente. Nous étions perdus. Paumés. Impuissants face à ces larmes, ces hurlements, ces gestes de peur dans son berceau. Il était tétanisé, en colère, il hurlait des heures la nuit. Je l'ai même emmené aux urgences parce que je ne pouvais pas le calmer. "Vous venez parce que votre bébé pleure ? Tous les bébés pleurent madame."

Et on a vu cette psychologue qui suivait l'enseignement de Bernadette Lemoine qui nous a demandé de raconter la grossesse et l'accouchement. À la fin du récit, elle nous a dit "Et vous vous demandez pourquoi votre bébé est angoissé ?"

J'ai réalisé ce jour que mon bébé avait mangé, dévoré, enfoui toute les angoisses que mon corps avait. Et que moi, je n'avais pas percuté du tout qu'à cause de mon boulot, je nourrissais mon fils d'un sentiment de peur permanente et d'angoisse profonde. Tout m'est tombé sur la tronche, en plein face, dans tes dents Laure-Hélène.


Regardes-toi, ton corps tout abîmé, tes nuits hachées, ta façon de crier sur ton bébé qui ne t'a rien fait. C'est toi qui a merdé. Tu devais accoucher par voie basse, ne pas le faire souffrir avec tes contractions. Tu devais le protéger, rendre sa naissance et sa vie plus douces. Tu es sa mère, tu devais le protéger. Tu as échoué, les gens ont sorti ton bébé parce que tu n'as pas su faire.


"On ne fabrique pas un bébé qu'on ne peut pas sortir, rassurez-vous !"

Phrase de ma première sage-femme qui me revenait en mémoire et qui m'a fait réalisé que si, moi je fabrique des bébés que je ne peux pas sortir.

Alors j'ai écrit. Des lignes, des mots, des sentiments. J'ai écrit d'une traite le médicament à tous mes maux. J'ai écrit le remède contre ma déprime de maman fatiguée. J'ai crié ce que toutes les mamans enfouissent, toutes celles qui ont souffert et à qui on a dit que c'était normal.

J'ai lu ce texte à mon mari, à un couple d'amis. Et ils ont saisi, ils ont dit que je devais le publier.


Mais c'était mon médicament. Mon histoire.

Mes mots. Mes peurs. Alors je l'ai laissé.

Puis j'ai décidé de faire des photos, de récolter des témoignages de mamans blessées. Et j'ai lu. Vos vies, vos histoires et j'ai réalisé que nous sommes des milliers ! Nous sommes si nombreuses à avoir eu ces peurs, ces souffrances. Et pourtant tellement n'ont pas trouvé leur exutoire... Alors je me suis bougé les fesses pour le sortir ce livre. Parce que Marlène, ma chère Marlène tu me l'as dit. Tu m'as dit qu'il t'avait fait tellement de bien que je devais le sortir. Je devais pouvoir donner une chance à celles qui n'ont pas les mots pour le dire.


Et il est sorti en novembre 2025.


Merci à mon mari qui n'a cessé de me tenir la main pendant tous ces moments. Sans lui je ne suis rien. Faites confiance à vos maris, aux papas de vos enfants. Ils sont forts, ils sont vaillants et peuvent vous porter et vous écouter pleurer ou dire que ça ne va pas. Ils peuvent mais ne le font pas si vous ne dites rien.

Merci à toutes celles qui ont participé à sortie de ce livre, à ces trois mamans qui posent vaillamment sur la couverture et à l'intérieur, qui m'ont raconté leur histoire.

Merci à mes 4 enfants de m'avoir offert l'immense privilège d'être leur gardienne sur cette terre, leur source de vie humaine, leur refuge pour les soirs où il fait froid et noir.


Merci à vous de m'avoir lue jusqu'ici.

C'était long, mais une fois de plus, d'une traite.

J'ai mal aux doigts.

Je vous laisse, je pars en réunion écouter la maîtresse de mon second me dire que mon fils est extraordinaire, adorable, poli, qu'il s'exprime incroyablement bien, qu'il est doux, calme et aimant.


À bientôt,


Laure-Hélène